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     Ces bandes qu'on a voulu interdire

   La BD érotique en procès


     En matière de BD et de censure, on pense souvent
     à la loi de 1949.  Mais depuis les années 1940, les pouvoir publics
     et quelques associations ont aussi voulu faire interdire des BD
     en faisant à leurs éditeurs des procès. Analyse.


     PAR BERNARD JOUBERT





AU PILON !
24125 exemplaires
de ce pocket furent détruits sous contrôle d'huissier
Angelo Todaro
Violence charnelle
1977 © Elvifrance

COUPABLE !
La charmante et bien innocente Lulu fut la première héroïne de BD à se faire réprimander
par un juge.
(voir page suivante)
Marc-René Novi
Les Aventures
sentimentales de Lulu

1948 © EPM
(coll. Y. Grenet)

Historiquement, en France, la bande dessinée a souvent souffert des interdictions du ministère de l'Intérieur. D'un trait de plume, un obscur fonctionnaire de police tel que le directeur général de la sûreté nationale (sic) avait le pouvoir de faire disparaître Barbarella des librairies en 1965, en invoquant la loi du 16 juillet 1949 sur les « publications destinées à la jeunesse ». Cette censure administrative, facile d'emploi, fut massivement utilisée jusque vers la fin des années 1980, avant de tomber en désuétude.
Mais il arrivait que des bandes dessinées fassent l'objet de poursuites judiciaires pour outrage aux bonnes mœœurs. Police, justice, ce n'est pas la même chose. Dans le second cas il y avait procès, débat public et contradictoire, plaidoirie d'avocat, jugement motivé et susceptible d'appel... S'il en résultait une condamnation financière, celle-ci était prononcée au terme d'une procédure bien moins expéditive que la signature d'un arrêté d'interdiction.
C'est cette censure judiciaire, qui n'a frappé que peu d'éditeurs et qui n'est pas connue des historiens de la BD, que nous allons évoquer.
Après la Seconde Guerre mondiale, des éditeurs tentent de lancer des journaux de bandes dessinées pour adultes en pimentant les récits d'un peu d'érotisme.
C'est le cas des Aventures sentimentales de Lulu
(« secrétaire pin-up » précisait un sous-titre),


en mars 1948, un bimensuel édité par EPM, formé d'un récit complet de douze pages. Deux numéros paraissent.
L'auteur est Marc-René Novi, alors âgé d'une quarantaine d'années, dont la carrière en sourdine se conclura chez Glénat, en 1981, avec une biographie de Landru. Son héroïne est une employée de bureau dont le physique attire follement l'attention des hommes. Ils se pressent aux fenêtres, l'épient avec des jumelles. Le ton est à l'humour. Le patron de Lulu cherche à la séduire, mais doit battre en retraite lorsque survient son épouse, et si, dans un élan naturiste, sa secrétaire pratique le ski nautique nue, le gros homme tombe à l'eau. Tout comme, plus tard, la Sally Forth de Wallace Wood ou la Little Annie Fanny de Kurtzman et Elder, Lulu est une ingénue qui ne cherche pas à provoquer, mais qui a de façon naturelle « les plus belles jambes du monde » (titre du premier récit).

Pin-up à l’amende

Le responsable d'EPM, René Mangan, a cru bien faire en plaçant au-dessus du titre la mention « interdit aux moins de 16 ans », ce qui est l'aveu d'un contenu licencieux. Bien que son illustré soit exempt de scènes sexuelles et que la nudité (sans poils) n'ait rien d'exceptionnel dans les revues de pin-up, il est condamné, ...




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Déclaré à la CNIL sous le n°1153442