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La Productique et sa Culture : Stéréolithographie et imprimantes 3D




SURFER LA GRANDE VAGUE MONDIALE DE L'IMPRESSION 3D

L'industrie classique transforme la matière en utilisant de l'Énergie et de l'information. Elle est symbolisée par l'usine centralisée et les grandes entreprises capables de produire en masse des automobiles, des avions, des biens de consommation, des robots ménagers, des appareils électroniques ou encore des ordinateurs. La nouvelle industrie en train de naître s'inspire de celle établie sur Internet et les réseaux numériques : la transformation de l'informalion conduisant à l'explosion du Web 2.0 et aux contenus générés par les uiiisateurs.

Cette nouvelle vague de production industrielle sculpte la matière grâce à de l'information et de l'energie, pour fabriquer des quantités d'objets divers et persornalisés. Comme le disait très justement Nicolas Negroponte, ancien directeur du MIT Média Lab, la révolution Internet a contribué, avec la numérisation, à « transformer des atomes en bits ». Aujourd'hui, il devient possible de retransformer des bits en atomes, c'est-à-dire en objets physiques, chez soi, dans son atelier de bricolage ou dans une PME, grâce aux imprimantes 3D et aux machines de prototypage rapide. Ce mouvement a été prédit en France dés 2006 : « Les pronétaires ne vont pas se contenter de fabriquer des produits numériques (textes, musique, vidéos, jeux, etc ) D'étonnants outils leur donnent désormais la possibilité de fabriquer des objets physiques à partir d'imprimanfes 3D »(1) « Une nouvelle révolution industrielle est en train de naître sous nos yeux avec l'irruption de ce que l'on pourrait appeler les MUP (Micro-Usines Personnalisées). » (2)

La nouvelle vague qui déferle actuellement sur le monde conduit à un mouvement qui s'amplifie, typique de la « societé fluide » naissante : c'est le Maker Movement (3). Autrement dit, un mouvement d'artisans, de bricoleurs et de « hobbistes » qui créent, produisent et partagent des objets grâce a des outils accessibles : scanners, machines à découper, fraiseuses laser, imprimantes 3D... Un maker traduit en français, est un « faiseur », un mot souvent interprété de manière péjoraiive. On pourrait donc franciser le terme de maker en créant le néologisme « doueur ». En anglais, un doer (prononcez «doueur»), du verbe to do (faire), est une personne qui agit, qui propose de nouveaux concepts, une théorie, des stratégies. Un doueur (ou une doueuse) est donc à la fois un fabricant, un artisan et un bricoleur qui invente, fabrique, échange et même vend des objets physiques provenant de créations personnelles ou collectives.

Le mouvement des doueurs. couplé à la baisse des prix des imprimantes 3D, va avoir une très grande portée mondiale. Les rouveaux artisans du numérique 3D, des TPE et des PME vont progressivement remplacer la culture de la consommation et du gaspillage par une culture de la création, de l'innovation et de la production décentralisée. Ce mouvement débouche aussi sur de nouvelles formes d'éducation, les « travaux pratiques » de nos écoles, lycées et universités faisant place à de la coéducation dans des ateliers ouverts à tous (hackerspaces, makerspaces, Fab Labs), qui se sont créés dans le monde entier en l'espaee de quelques années. Un mouvement qui prend une ampleur considérable avec Facebook et Twitter, par l'échange en P2P, grâce au crowdsourcing et au crowdfunding.

Évidemment, l'avènement de ces MUP n'ira pas sans créer de graves difficultés industrielles, éconnmiqups et même juridiques. Nous allons sans doute connaître les mêmes problèmes liés aux droits d'auteur que ceux que l'on observe aujourd'hui pour la musique ou les textes imprimés, mais cette fois pour des objets sous « marques déposées ». Par ailleurs, de nouveaux conflits vont éclater entre les grands producteurs d'objets standardisés destinés à des consommateurs de masse, et des pronétaires, des micro-TPE ou des associations, capables de fabriquer des objets jusqu'alors produits en série dans des usines centialisées. Et que dire des applications issues des nanotechnologies, telles que les imprimantes moléculaires ou cellulaires ? Aujourd'hui, des bio-imprimantes 3D fabriquent en effet des tissus vivants, et même des organes implantables chez l'homme. Entre les mains de particuliers et sans contrôle, ces systèmes pourraient être détournés afin de fabriquer des drogues, des armes nanotechnologiques, voire des agents capables de modifier l'environnement.

D'où l'importance de l'information, de l'évaluation du débat public et politique, en même tant qu'industriel et culturel, proposés par ce livre, annonciateur d'une révolution que le monde industriel navait peut-être pas connue depuis la machine à vapeur, les machines-ouiiis à commande numérique ou les robots. Cet ouvrage prédit la naissance d'une démocratie industrielle : le « faites-le vous-mêmes » à la portée de tous, de groupes, de réseaux sociaux et même d'industries classiques si elles apprennent à surfer la grande vague mondiale de l'impression 3D.

Préface de L'impression 3D de Mathilde Berchon par Joël de Rosnay,
Conseilier de la présidente d'Universcience, président exécutif de Biotics International, auteur du tivre Surfer la vie, 2012

1. Joël de Rosnay, avec Carlo Revelli, La révolte du prolétariat. Des mass média aux média des masses, Fayard, 2006
2. Joël de Rosnay, « Comment imprimer des objets chez soi. Après les TIC, voici les MUP ! », lemonde.fr,
3.  Chris Anderson, Makers : La nouvelle révolution industrielle, Pearson, 2012


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