rocbo menu

La Productique et sa Culture : Stéréolithographie, encadré de l'article du Monde du 25 avril 1990




Les chercheurs français en mal d'industriels

La stéréolithographie illustre une carence hexagonale bien connue : l'absence de « ponts » efflcaces entre la recherche et rl'industrie. En 1984, Jean-Claude André, directeur de recherche au CNRS de Nancy, dépose un brevet sur cette technologie juste avant les Américains. Il travaille à cette époque avec la Compagnie industrielle du laser. le CILAS, alors filiale de la CGE. Son interlocuteur Olivier de Witte. le même Spécialiste du Laser qui dirige en 1990 les ventes des machines amaricaines de stéréolithographie en France. Que s'est-il passé pendent ces six années pour expliquer un tel revirement de situation ?

Evénement majeur : Ia CILAS abandonne le laser industriel en 1989 pour se concentrer sur les seules applications militaires en passant dans le giron de l'Aérospatiale. Le CNRS de Nancy se retrouve seul, sans interlocuteur industriel, et, comble de malheur, si les français ont bien breveté certains principes de la stéréolithographie, ils sont passés a côté d'un point qui va se révéler essentiel : l'enfonçaoe du plateau support de pièce. Cette solution présente un avantage important sur la technique française qui consiste à faire monter le niveau du liquide en concervant fixe la pièce. Il est en effet plus facile de contrôler

le mouvement du plateau que d'ajuster le niveau du liquide, mais, surtout, la solution américaine évite de faire varier la distance de focalisation du faisceau laser. D'où une simplification décisive du système.

Le temps presse

Jean-Claude André ne désarme pas pour autant. Il poursuit ses recherches avec le soutien de certains futurs clients PSA, Renault, EDF, Dassault, ainsi que la région Lorraine ont fourni environ 2 millions de francs sur sept ans au laboratoire de Nancy. « Une somme qui n'est pas dérisoire », juge Jean-Claude André, qui ne va pas jusqu'à la trouver suffisante. Malgré d'aussi faibies moyens, il dispose aujourd'hui d'une maquette de machine de stéréolithographie qui n'attend plus que le relais d'un constructeur. Des contacts et des discussions sont en cours...
Mais le temps presse. Les deux cents machines vendues par l'associaiion entre 3D Systems et Spectre Physics représentent déjà un handicap important.
Jean-Claude André fait valoir certains résultats qui pourraient néanmoins donner une chance aux Français de s'imposer.

Il déclare disposer d'une méthode pour utiliser différentes sources laser, de l'infrarouge à l'ultraviolet en passant par le spectre visible. ce qui autorise la réalisation de pièces dans une gamme de matériaux. Un avantage sur le seul ultraviolet des Américains. Le laboratoire de Nancy travaille également sur la réalisation de couches épaisses (Jusqu'à 10 mm) et sur l'utilisation de monomères dont le volume ne varie pas au passage de l'état liquide à l'état solide (retrait nul). Ce qui améliorera la précision des pièces. Un brevet déposé le 30 mars dernier concerne une machine capable de réaliser des pièces composites (métal, céramiques, mélange de polymères).
Côté marché. Jean-Claude André identifie deux solutions pour éviter d'affronter directement les Américains, « Nous envisageons une machine simplifiée, moins précise mais plus économique, à destination des applications d'architecture et de flaconnage, par exemple. A l'opposé, nous travaillons sur une machine très précise capable de réaliser des pièces de grandes dimensions, c'est-à-dire jusqu'à 1,5 métre de long. » Sans parler d'une autre invention prometteuse : la fabrication de lentilles optiques sans moule dont le principe reste secret. Autant da recherches en mal de concrétisation industrielle.

J.R.




< Précédent


Hébergé par OVH