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La Productique et sa Culture : 1936, Le Front populaire











Le Front populaire est la coalition de partis de gauche qui gouverna la France de 1936 à 1938. Il réunissait les trois principaux partis de la gauche, la SFIO, le Parti radical-socialiste et le Parti communiste. Le gouvernement de Front populaire fut le premier de la IIIe République dirigé par les socialistes. Il initia plusieurs réformes sociales importantes et constitue encore actuellement une des références incontournables de la mémoire et de l'histoire de la Gauche française : les congés payés, la réduction du temps de travail avec la semaine de quarante heures et l'établissement des conventions collectives. L'assemblée élue lors des élections de 1936 demeura inchangée jusqu'en septembre 1939, date à laquelle 49 députés communistes furent arrêtés. L'année suivante, en juin 1940, la France connaissait la défaite face à l'Allemagne.

La réaction militante au 6 février 1934
C'est en réaction à la journée d'émeutes menées par les ligues (Action française, Jeunesses patriotes, etc.) le 6 février 1934 que les partis de gauche décident de s'unir contre « le danger fasciste » et les tentatives de l'extrême droite pour établir en France un régime dictatorial équivalent à l'Italie fasciste.
Si socialistes et communistes sont authentiquement convaincus qu'ils viennent de connaître une tentative de coup d'État concerté en vue d'établir un régime autoritaire, ils réagissent d'abord en ordre dispersé. À la fois concurrents et adversaires depuis la scission survenue lors du Congrès de Tours, les deux partis ouvriers peinent à renouer le dialogue. Pour les communistes, qui suivent les instructions de la Troisième Internationale, les radicaux ou les républicains-socialistes sont assimilés à la droite et taxés de fascistes. Le PCF considère même que le combat doit s'étendre à la SFIO, coupable de contribuer à faire avorter la Révolution en prônant des politiques réformistes.
Les socialistes, alliés traditionnels des radicaux, sont en froid avec ces derniers. Ces deux partis ont déjà connu ensemble par deux fois l'expérience de la coalition, dans le cadre du Cartel des Gauches, en 1924 et 1932. Des accords de désistements réciproques leur avait alors permis d'investir une majorité absolue de sièges à la Chambre des députés. Or, à chaque fois, socialistes et radicaux finissaient par entrer en conflit sur les questions économiques et sociales. Concrètement, les socialistes comme les communistes, attaquent violemment les radicaux, ne leur pardonnant pas leur alliance avec la droite dans le gouvernement Doumergue, tandis que les radicaux reprochent aux socialistes de ne pas les avoir efficacement soutenus lors des deux expériences du Cartel.
Le 9 février, le PCF et la CGTU organisent un rassemblement place de la République, contre le fascisme et les ambiguïtés du gouvernement. De son côté, la SFIO préfère relayer par une manifestation l'appel de la CGT à la grève générale pour le 12 février : « les militants communistes se joignent au cortège socialiste et c'est aux cris de « Unité ! Unité ! » que les militants des deux partis défilent de concert ». Ce sont les militants qui font du 12 février 1934 une manifestation unitaire, et préparent ainsi les esprits à l'idée du Rassemblement populaire. La direction du PC étant dans un premier temps hostile à tout rapprochement avec la SFIO, conformément à la tactique « classe contre classe ». Pourtant, le 26 juin 1934 à Ivry, Maurice Thorez opère un virage à 180° en appelant à l'unité d'action avec les socialistes. C'est avec la bénédiction de l'Internationale, dirigée par Moscou, que Thorez opère ce changement de stratégie. Le PC adopte une attitude résolument unitaire, et ajoute l'adjectif français à son nom.

La signature entre les deux partis marxistes d'un pacte d'unité d'action le 27 juillet 1934, les engagent à joindre leurs forces dans la lutte contre le fascisme et le gouvernement d'Union nationale de Gaston Doumergue, ouvrant ainsi la voie à la formation d'un « Front populaire ». Thorez suggère « l'alliance des classes moyennes avec la classe ouvrière » et la constitution d'un rassemblement « populaire », ce qui constitue un appel du pied au parti radical, représentant des classes moyennes. À l'été 1935, la pression de l'aile gauche du parti, amène Édouard Herriot à accepter le rapprochement avec la SFIO et le PC. Dans le même temps, les communistes couvrent d'éloge le parti radical, héritier selon eux de la Révolution française et représentant d'une classe moyenne désormais solidaire du prolétariat. Le PCF peut désormais laisser libre cours à un discours patriotique qui tranche avec ses positions antérieures.

La manifestation du 14 juillet 1935
Pour la première fois, militants et chefs radicaux, socialistes et communistes défilent de concert aux côtés d'autres petits partis, syndicats et associations (CGT, CGTU, CVIA, Ligue des Droits de l'homme...), dans une manifestation de près de 500 000 personnes et « dans l'euphorie d'une unité retrouvée de la gauche ». La solennité du moment est renforcée par la rédaction d'un serment réaffirmant l'importance de la mobilisation antifasciste et dégageant des objectifs pour améliorer la situation du pays.
La mobilisation d'un peuple de gauche qui revendique son histoire, y compris nationale (Jeanne d'Arc, La Marseillaise, le Soldat inconnu) apparait irrésistible Le comité d'organisation de cette manifestation, dirigé par le président de la Ligue des Droits de l'homme Victor Basch, est prolongé en un comité national pour le rassemblement populaire, chargé d'élaborer un programme commun et des accords de désistement dans la perspective des élections du printemps 1936.

Le programme du Front populaire, autour de son slogan électoral « Pain, Paix, Liberté », est organisé en deux rubriques :
Défense de la démocratie (désarmement et dissolution des ligues, obligation aux organes de presse de publier leur bilan financier, promotion des droits syndicaux et de l'école laïque) et de la paix (négociation dans le cadre de la SDN ...). En dehors de la volonté de nationaliser les industries, cette plateforme modérée témoigne davantage de préoccupations électorales que d'une claire perception de la situation internationale : ni la question coloniale, ni la situation en Europe ne semblent préoccuper ses signataires, et l'antifascisme reste essentiellement à destination interne. Ces ambiguïtés en matière de politique extérieure pèseront lourd dans les difficultés ultérieures du gouvernement de Front populaire.
En matière économique, en dehors de la volonté de réformer la Banque de France en la soustrayant à l'influence des « 200 familles », il s'agit, à l'instar de Roosevelt aux États-Unis, de conduire une politique de relance par la consommation, une réduction de la semaine de travail sans réduction du salaire hebdomadaire, un plan de grand travaux d'utilité publique, création d'un fonds national de chômage et d'un régime de retraite pour les vieux travailleurs. À cela s'ajoute la mise en place d'un Office national des céréales destiné à régulariser le marché et lutter contre les spéculateurs.

Victoire et rapports de forces internes au Front populaire
Profitant de son unité, de la crise économique et de l'absence d'une politique alternative à droite, le Front populaire remporte une nette victoire aux élections législatives des 26 avril et 3 mai 1936, rassemblant environ 57 % des suffrages exprimés au premier tour et envoyant, au terme du second, un total de 386 députés sur 608 siéger à la Chambre des députés, dont 147 pour la SFIO. Les évolutions de la part de chacun des trois partenaires du Front populaire éclaire l'évolution de l'opinion de gauche. Le parti communiste, avec 1 500 000 voix, doublait ses suffrages de 1932. L'essentiel de ces gains sont réalisés aux dépens des socialistes, qui compensent leur perte dans le milieu ouvrier en mordant sur l'électorat rural du Parti radical.
De fait, les radicaux, compromis par leur participation aux gouvernements de droite, perdent 350 000 voix. Mais ce sont leurs 106 députés qui permettent au gouvernement d'exister, dans la mesure où aux 219 députés socialistes et communistes correspondent exactement les 219 députés de la droite.

Le gouvernement Blum
La SFIO, premier parti de France, apparaît dès lors naturel que le chef du nouveau gouvernement soit issu de ses rangs. Il plaide en faveur de l'application la plus stricte du programme du Front populaire. « Notre mandat, notre devoir, c'est d'accomplir et d'exécuter ce programme. Il s'ensuit que nous agirons à l'intérieur du régime actuel, de ce même régime dont nous avons montré les contradictions et les iniquités tout au long de notre campagne électorale »l. Blum voit un deuxième avantage à prendre la tête du gouvernement : en « occupant » le pouvoir, les socialistes peuvent directement empêcher les fascistes de s'y installer.
Léon Blum est nommé président du Conseil par le Président de la République Albert Lebrun, le 4 juin 1936. Contrairement à la tradition de la Troisième République, Blum décide que, « A ses yeux, le chef du gouvernement ne devait pas se limiter à coordonner l'action des ministres, mais devait véritablement diriger, à la manière du Premier ministre britannique ». De fait, Blum dispose d'une réelle autorité sur le gouvernement qu'il présidait.
De fait, l'équipe réunie par Blum compte de nombreux ministres néophytes parmi lesquels les socialistes Vincent Auriol aux Finances et Georges Monnet à l'Agriculture, ainsi que Léo Lagrange, nommé sous-secrétaire d'État aux Sports et aux Loisirs, l'Éducation nationale pour Jean Zay, l'Air pour Pierre Cot. En outre, Blum est le premier à faire appel à des femmes (Suzanne Lacore, Irène Joliot-Curie et Cécile Brunschvicg) pour occuper des secrétariats d'État, alors que celles-ci n'ont toujours pas le droit de vote. Le gouvernement est globalement dominé par les socialistes, les communistes choisissant de le soutenir de l'extérieur. Tout en assurant Blum de leur total soutien, le PCF préfère ne pas donner prise aux craintes révolutionnaires alimentées dans les classes moyennes par l'opposition. Cette position a l'avantage de ne pas trop les compromettre avec un pouvoir resté bourgeois et de préserver le cas échéant leur image au sein des masses, où leur influence grandit.






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