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Les fortifications, l’enceinte de Thiers



Andriveau-Goujon, fortifications de Paris 1841



Démolition des fortifications à Plaisance
Photographie, sd © CHVP
La loi du 3 avril 1841 prévoit ; “1° une enceinte continue, embrassant les deux rives de la Seine, bastionnée et terrassée, avec dix mètres d’escarpe revêtue ; 2° des ouvrages extérieurs casematés”. Leurs constructions sont menées en cinq années, sous la direction du Génie. Le tracé du mur ne s’appuie sur aucune des défenses naturelles de la capitale et répond à deux principes : contourner l’espace urbanisé en 1840 et conserver des terres agricoles pour permettre à la capitale de supporter un siège. L’enceinte de 38 661 m, flanquée de 94 bastions numérotés dans le sens inverse des aiguilles d’une montre à partir de Bercy, comprend 65 ouvertures. L’emprise de 140 m de large correspond à la route militaire et au mur continu, doublé d’un fossé, d’une contrescarpe et d’un glacis. Au-delà la zone non ædificandi (1) s’étend sur 250 m de large. Les forts avancés, établis à quelques kilomètres en avant du mur continu, servent de casernes et d’arsenaux en temps de paix.

Les discussions commencent sous la Restauration et se terminent par le vote de la loi du 1er avril 1841. Si Paris apparaît bien au centre des propos, le sort des communes périphériques qui vont être concernées par les nouveaux aménagements est pratiquement absent de la réflexion. Pourtant, l’incidence en est majeure sur ces territoires communaux encore largement ruraux.

Faut-il fortifier Paris ? L’entrée de l’ennemi par l’ouest en 1815, malgré le renforcement du mur des Fermiers généraux, va conduire à un changement de conception de la défense, sous la Restauration puis la Monarchie de Juillet. Le territoire national peut être envahi et l’occupation de la capitale constituer l’enjeu de la victoire ; la frontière ne se situe plus aux limites territoriales de l’État mais à la périphérie de la grande ville.

Après l’annexion, les fortifications servent de barrières d’octroi, les douaniers occupent les casernements des militaires. La continuité de l’enceinte, sa capacité à empêcher “la fraude par escalade” ou par souterrain, sont essentielles pour l’administration fiscale. Au pied de l’enceinte, côté banlieue, s’étend la zone, peuplée de plus de 40 000 habitants, chiffonniers, marginaux, mais aussi travailleurs chassés de Paris par la crise du logement populaire. Un paysage composite de cabanes, de roulottes, d’élevages domestiques et de cultures potagères ceinture Paris.

La chute du mur

Le vote de la loi du 19 avril 1919 “relative au déclassement de l’enceinte fortifiée de Paris, à l’annexion de la zone militaire et au desserrement du casernement” met fin à des débats qui ont commencé en 1882. La Première Guerre mondiale a confirmé l’inutilité militaire des Fortifications.
La loi du 14 avril 1919 ne résout pas la question des zoniers, occupants sans titre, mais organisés en une puissante ligue, qui font valoir leurs droits. Entre 1919 et 1939, les expropriations s’éternisent. En vingt ans, seuls 195 hectares ont été acquis par la Ville de Paris. Les lois du 11 octobre 1940 et du 1er mars 1942, prescrivant la réquisition et l’indemnisation des zoniers. Les terrains sont cultivés pour faire face à la pénurie de denrées alimentaires. Les derniers zoniers quitteront les lieux dans les années 1970, lors de l’achèvement du périphérique.

Le ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts, obtient en 1920 la réalisation de la Cité internationale. L’Office public de HBM de la Ville de Paris construit une ceinture d’immeubles de brique. Avec les HLM du Plan Lafay (1953), puis le périphérique, envisagé en 1943, programmé en 1953 et achevé en 1973, s’édifie peu à peu une nouvelle muraille entre Paris et les banlieues.

(1) Non ædificandi
Non ædificandi (ne pouvant recevoir un édifice) est une locution latine indiquant qu'une zone ou une voie (rue, avenue…) n'est pas constructible du fait de contraintes qui peuvent être structurelles, architecturales, militaires (on parle alors parfois de glacis) ou autres. Il est souvent nécessaire de se référer au Plan d'occupation des sols pour connaître le statut de ladite zone.

D'après http://www.parismetropolitaine.fr/naissancedes20arrondissementsparisiens/


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