rocbo menu




Monsieur le Président,

Me permettez-vous, d’avoir le souci de votre juste gloire et de vous dire que votre étoile, si heureuse jusqu’ici, est menacée de la plus honteuse, de la plus ineffaçable des taches ? Vous êtes sorti sain et sauf des basses calomnies, vous avez conquis les coeurs. Vous serez rayonnant dans l’apothéose de cette fête patriotique que le soixante-dixième anniversaire du débarquement sur les plages de Normandie sera pour la France, et vous vous préparez à présider au solennel triomphe de notre équipe de France de football qui couronnera notre grande espérance de travail, de prospérité et de liberté.
Mais quelle tache de boue sur votre nom — j’allais dire sur votre règne — que ces abominables affaires de croissance, de chômage, de retraite, de trous d'la Sécu et de dette !
Peut être vous posez-vous la question de l'incongruité de la présence d'un "m" bas de casse dans la tribune de cette publication. C'est que si mon "papier" vise l'ensemble des assertions accrédité par l'ensemble des politiciens, dont vous êtes le digne représentant, de par mon silence j'ai cautionné vos sociales éructations. Mon devoir est de parler, je ne veux pas être complice. Mes nuits seraient hantées par le spectre du Peuple qui expie, dans la plus affreuse des tortures, des crimes qu’il n’a pas commis. Et c’est à vous, monsieur le Président, que je la crierai, cette vérité, de toute la force de ma révolte d’honnête homme. Et à qui donc dénoncerai-je la tourbe malfaisante des vrais coupables, si ce n’est à vous, le premier magistrat du pays ?
Mais, au fond, il n’y a d’abord que la clique des économistes, qui nous mènent tous, qui nous hypnotisent, car ils s’occupent aussi de spiritisme, d’occultisme, ils conversent avec les esprits. On ne saurait concevoir les expériences auxquelles ils ont soumis le malheureux Peuple, les pièges dans lesquels ils ont voulu le faire tomber, les enquêtes folles, les imaginations monstrueuses, toute une démence torturante.
Ah ! cette première affaire, elle est un cauchemar, pour qui la connaît dans ses détails vrais !
Faire croire à une hypothétique croissance liée au marché de l'emploi.

On ne peut y adhérer quand, dans le même instant, la classe politique se polit le chinois en commentant généreusement l'avancée du numérique dans la vie de chaque jour. Quid du métier de chauffeur de taxi ou de celui de routier quand « Dans le futur, peut-être aurez vous une voiture Google, une voiture qui vous conduira où bon vous semble sans que vous n'ayez... à conduire. » (1) À rapprocher du drone-gadget d'Amazon ? : Amazon testant avec  succès des robots pour automatiser leur chaîne logistique, prévoit de livrer les colis avec des drones. Ce questionnement peut être appliqué à tous métiers présents ou disparus. On ne me fera pas croire que les travaux de l'économiste Joseph Schumpeter (2), datant pourtant des années 40, sur sa théorie de la destruction créatrice soient totalement absents du "logiciel" de nos chères têtes politiciennes. Et si nous avons des problèmes de délocalisation, ne croyez pas que les savoir-faire associés ne puissent être automatisés, l'utilisation de main-d'œuvre peu coûteuse rivalise, pour le moment, avantageusement sur un quelconque investivement d'automatisation généralisée. Quoique ? (3). Évitez de vous convaincre que cette numérisation des savoir-faire ne peut toucher que les métiers dits "manuels". Voir à ce sujet l’étude « Le futur de l’emploi : quel degré d’automatisation sont susceptibles d’atteindre les professions ? », dirigée par deux Professeurs d’Oxford (4).
Est-ce donc vrai, la chose indicible, la chose dangereuse, capable de mettre l’Europe à genoux, serait le vieillisement du Peuple ? Au point qu'il faille penser à ce que les vieux continuent de travailler afin de se constituer une retraite décente ? Tout cela n’est fait que pour cacher le plus saugrenu des romans-feuilletons. Et il suffit, pour s’en assurer, d’étudier attentivement le principe de la retraite par répartition. La population active se réduit comme peau de chagrin sans que la production de richesses en soit affectée. Que l'on pense au monde agricole en France. Ainsi, jusqu’en 1800, 80 % de la population active étaient nécessaires pour nourrir la population ; en 1870, l’agriculture emploie encore la moitié de la main-d’oeuvre ; elle n’en utilise plus qu’un tiers au début des années cinquante et moins de 3,5 % en 2012. Elle assure cependant l’autosuffisance alimentaire du pays et même un commerce extérieur structurellement excédentaire depuis 1980.

Que l'on pense au secteur automobile où la production est passée de l'utilisation de machines-outils conventionnelles, aux machines-transferts puis à la commande numérique associée aux robots industriels. Nous en sommes à vouloir utiliser des robots humanoïdes en lieu et place de l'ouvrier (5). Faut-il énumérer tous les moyens de production touchés par le numérique pour vous convaincre que la retraite par répartition ne pourra être liée au dernier actif vivant ? Considérons que les systèmes de production automatisés sont les actifs sur lesquels un revenu universel peut être créé, versé de la naissance à la mort, permettant la création, l'altruisme, le bénévolat, l'éducation du jeune, les soins portés à nos vieux, la paresse ...
Quant à l'annulation de la dette :
« On lui en amena un qui devait dix mille talents. Comme il n'avait pas de quoi payer, son maître ordonna qu'il fût vendu, lui, sa femme, ses enfants, et tout ce qu'il avait, et que la dette fût acquittée. Le serviteur, se jetant à terre, se prosterna devant lui, et dit : Seigneur, aie patience envers moi, et je te paierai tout. Ému de compassion, le maître de ce serviteur le laissa aller, et lui remit la dette. » Bon d'accord monsieur François, je n'vous narre pas la suite de la parabole rapportée par Matthieu, ni les abondantes remises aux débiteurs chrétiens de leur dette auprès des juifs. Afin d'effacer la dette de la France, les actifs devraient verser 7% de leur salaire pendant 40 ans. Mais quid du nombre d'actifs dans le futur ? (6)

Je n’ai qu’une passion, celle de la lumière, au nom de l’humanité qui a tant souffert et qui a droit au bonheur. Ma protestation enflammée n’est que le cri de mon âme. Qu’on ose donc me traduire en cour d’assises et que l’enquête ait lieu au grand jour !
J’attends.
Veuillez agréer, monsieur le Président, l’assurance de mon profond respect.

L'Alguazil du sofa

(1) Google : Une voiture sans chauffeur
(2) Joseph Schumpeter sur Wikipédia
(3) Les salaires en Chine ont bondi de 17%
(4) Le futur de l’emploi (en) (pdf)
(5) Voici l'ouvrier du futur
(6) Compteur de la dette publique mondiale